L'importance de la trace en tant que...
➀ Journaliste
Recueillir une trace
« Je pense que [l'opéra] est encore trop réservé à une élite. Pour autant, il y a beaucoup de prix étudiants qui permettent de le rendre plus accessible. »
Cette réponse m'a fait réfléchir. Je croyais que les étudiants considéraient quasiment tous l'opéra comme un art inaccessible. Le terrain m'a donné tort.
J'ai ensuite diffusé ce témoignage lors de mon entretien avec Chrysoline Dupont, directrice de l'Opéra national du Rhin, pour la faire réagir à cette perception, alors qu'elle affirmait dans son éditorial vouloir se rapprocher des jeunes.
Cet enregistrement a aussi une autre valeur : celle de la trace. Dans dix ans, le rapport des jeunes à l'opéra aura évolué. Cette parole, elle, restera le témoignage d'un étudiant recueilli à un instant et dans un contexte précis.
➁ Musicologue
Interroger une trace
« Ici se trouve le baptistère dans lequel Emily a très probablement été baptisée en 1856. » m'annonce Rachel.
2018. Un recueil de partitions, plusieurs signatures et le début d'une longue enquête. L'une des propriétaires ? Emily Dagwell (1856-1887), une inconnue. En 2026, mes recherches m'ont conduit jusqu'à Macclesfield, en Angleterre, pour découvrir les lieux où elle avait grandi.
Tout est parti d'une signature laissée dans un recueil il y a plus d'un siècle. Une trace qui m'a finalement mené jusqu'à ce baptistère, où Emily a peut-être été baptisée 170 ans plus tôt. C'est vertigineux.
J'accorde de l'importance aux traces laissées par celles et ceux qui ne sont pas nécessairement entrés par la grande porte de l'Histoire. Elles témoignent d'une réalité locale, comme ces femmes d'un même foyer qui se partageaient des partitions, mais permettent aussi de comprendre un contexte plus général : la place des femmes dans l'Angleterre victorienne, où la maîtrise du piano pouvait notamment constituer un atout en vue d'un mariage.
➂ Bandonéoniste
Audition dans l'Auditorium du conservatoire Edgar-Varèse (Gennevilliers, 2021)
Transmettre une trace
« J'ai le trac... Tu vas y arriver, courage... Et puis si tu te trompes, tant pis... »
Je m'ancrais cette phrase dans la tête avant d'interpréter Caminito, un tango du compositeur Juan de Dios Filibert, devant le public et le jury.
Là aussi, le rôle de la trace est central. Lire un papier, sur lequel sont inscrites des notes. Déchiffrer, interpréter, faire entendre un son, qui, sans l'enregistrement n'est qu'éphémère.
« La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié. »
Ellen Key, écrivaine suédoise